Victor Hugo et la Poésie

Victor Hugo

J’aimerais partager avec vous une des poésies de Victor Hugo.

Poète français du XIXe siècle, époque du romantisme. Il est considéré comme l’un des plus grand auteur de la langue française encore de nos jours.
Il n’a pas écrit que des poésies, mais aussi du théâtre, des romans,…
L’ensemble de ses œuvres représente presque quarante millions de caractères réunis en 53 volumes.
C’est pour dire qu’il en à écrit des mots… 🙂

Voici cette belle poésie. Ode à la Nature et à tout ce qu’elle nous transmet:

Pan

“Si l’on vous dit que l’art et la poésie
C’est un flux éternel de banale ambroisie,
Que c’est le bruit, la foule, attachés à vos pas,
Ou d’un salon doré l’oisive fantaisie,
Ou la rime en fuyant par la rime saisie,
Oh ! Ne le croyez pas !

Ô poètes sacrés, échevelés, sublimes,
Allez, et répandez vos âmes sur les cimes,
Sur les sommets de neige en butte aux aquilons,
Sur les déserts pieux ou l’esprit se recueille,
Sur les bois que l’automne emporte feuille à feuille,
Sur les lacs endormis dans l’ombre des vallons !

Partout ou la nature est gracieuse et belle,
Où l’herbe s’épaissit pour le troupeau qui bêle,
Où le chevreau lascif mord le cytise en fleurs
Où chante un pâtre, assis sous une antique arcade,
Où la brise du soir fouette avec la cascade,
Le rocher tout en pleurs ;

Partout où va la plume et le flocon de laine;
Que ce soit une mer, que ce soit une plaine,
Une vieille forêt aux branchages mouvants,
Îles au sol désert, lacs à l’eau solitaire,
Montagnes, océans, neige ou sable, onde ou terre,
Flots ou sillons, partout où vont les quatre vents;
Partout où le couchant grandit l’ombre des chênes,
Partout où les coteaux croisent leurs molles chaînes,
Partout où sont des champs, des moissons, des cités,
Partout où pend un fruit à la branche épuisée,
Partout où l’oiseau boit des gouttes de rosée,
Allez, voyez, chantez !

Allez dans les forêts, allez dans les vallées,
Faites-vous un concert des notes isolées !
Cherchez dans la nature, étalée à vos yeux,
Soit que l’hiver l’attriste ou que l’été l’égaye,
Le mot mystérieux que chaque voix bégaye,
Écoutez ce que dit la foudre dans les cieux !

C’est Pan qui remplit tout. Le monde, c’est son temple.
Œuvre vivante, où tout l’écoute et le contemple !
Tout lui parle et le chante. Il est seul, il est un.
Dans sa création tout est joie et sourire;
L’étoile qui regarde et la fleur qui respire,
Tout est flamme ou parfum !

Enivrez-vous de tout ! enivrez vous, poètes,
Des gazons, des ruisseaux, des feuilles inquiètes,
Du voyageur de nuit dont on entend la voix,
De ces premières fleurs dont février s’étonne,
Des eaux, de l’air, des prés, et du bruit monotone
Que font les chariots qui passent dans les bois !

Frères de l’aigle ! aimez la montagne sauvage:
Surtout à ces moments où vient un vent d’orage,
Un vent sonore et lourd qui grossit par degrés,
Emplit l’espace au loin des nuages et d’ombres,
Et penche sur le bord des précipices sombres
Les arbres effarés !

Contemplez du matin la pureté divine,
Quand la brume en flocon inonde la ravine,
Quand le soleil, qui cache à demi la forêt,
Montrant sur l’horizon sa rondeur échancrée,
Grandit comme ferait la coupole dorée
D’un palais d’Orient dont on approcherait !

Enivrez-vous du soir ! à cette heure où, dans l’ombre,
Le paysage obscur, plein de formes sans nombre,
S’efface, de chemins et de fleuves rayés;
Quand le mont, dont la tête à l’horizon s’élève,
Semble un géant couché qui regarde et qui rêve,
Sur son coude appuyé !

Si vous avez en vous, vivantes et pressées,
Un monde intérieur d’images, de pensées,
De sentiments, d’amour, d’ardente passion,
Pour féconder ce monde, échangez le sans cesse
Avec l’autre univers visible qui vous presse !
Mêlez toute votre âme à la création !

Car, ô poètes saint! L’art est le son sublime,
Simple, divers, mystérieux, profond, intime,
Fugitif comme l’eau qu’un rien fait dévier,
Redit par un écho dans toute créature,
Que sous vos doigts puissants exhale la nature,
Cet immense clavier !”        

Les Feuilles d’automne – Novembre 1831

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